Le mieux est l’ennemi du bien



Sur ma lancée des Confessions et des Pensées, je voudrais vous partager une autre réflexion que j’ai ces derniers temps.
Je lis énormément de magazines féminins, de pays différents (France, Canada, UK, USA…), et j’adore en particulier ceux qui ont trait au mieux vivre, au vivre sainement que ce soit des magazines de fitness, de psycho ou simplement de « bien-être ». Même si je n’applique même pas 1% de toutes les formidables idées que j’y trouve, je crois que cela influe sur ma façon de voir les choses, bref ça me secoue un peu la pulpe et c’est tant mieux. Et à ceux qui disent que c’est de la lecture de merde, je vous invite à en ouvrir un, je vous mets au défi de ne pas trouver au moins un article ou une phrase qui résonne en vous. Je mets la tête sur le billot que si tout ne vous intéresse pas, il y aura quelque chose, quelque part, qui vous fera réfléchir.

Ces derniers mois, je suis beaucoup tombée sur des articles qui invitent à se contenter de ce que l’on a et prônent que souvent, « le mieux est l’ennemi du bien ».
J’ai tendance à le décoder comme une invitation à lâcher prise, et apprécier ce que l’on fait ou que l’on a sans chercher à atteindre une perfection asymptotique.
Ça ne veut pas dire « n’en ramez pas une, vous êtes au top » mais « posez vous deux secondes, regardez VRAIMENT la situation, et évaluez ce qui est perfectible et de ce qui relève d’attentes irréalistes ».

Je me définis volontiers comme une perfectionniste. Et non, ce n’est pas une qualité. C’est même une p*tain d’écharde dans le pied.
Je sais que sans doute vous avez déjà utilisé ce mot pour parler d’un défaut (coucou les entretiens d’embauches!) en pensant vous faire mousser un peu, parce que personne ne considère vraiment ça comme un défaut.
Sauf ceux qui vivent avec des perfectionnistes et ceux qui le sont.
Mon perfectionnisme, c’est à la fois mon moteur (je veux toujours faire mieux, j’en ai toujours un peu sous la semelle) et  ma plus grande lâcheté.
Je ne compte plus le nombre de projets ou d’activités que j’ai lâchés parce que je n’y excellais pas. J’ai renoncé à jouer de la musique, renoncer à dessiner, renoncer à jouer au théâtre parce que je n’étais pas parfaite. Je ne me suis jamais dit qu’on n’était pas tous des Mozart, des Rubens ou des Carole Bouquet, j’ai juste décrété que « ce n’était pas pour moi ». Grosse lâcheuse, bonjour !
Je vis comme une offense personnelle le fait de ne pas réussir  quelque chose du premier coup (que nenni, d’éclater tous les records existants du premier coup). Et c’est un formidable gâchis, sans compter d’une effarante arrogance.
S’y ajoute un besoin pathologique de prouver à tout le monde que je sers à quelque chose et donc un sacré esprit de compétition.
Monsieur a fini son jeu vidéo ? Et bien, moi aussi, mais je vais le finir, mais plus vite, avec un meilleur niveau. Je vais lui montrer moi à Monsieur.
… Mais lui montrer quoi au juste ? Que je suis la meilleure à Dragon Quest ? Et ben, tu parles d’un accomplissement…
J’ai même arrêté de faire du sport en salle parce que j’avais honte de ne pas être la meilleure. Moi, la nouille qui zone sur le canapé ou dort pendant ses moments de libre, je m’offusque d’être moins souple qu’une femme qui fait du sport parce que c’est son MÉTIER.
Une fois, il m’est arrivé de pleurer au bureau parce qu’on m’a dit que ce que j’avais fait était « un bon début » (valable aussi avec « un bon premier jet », « c’est bien pour une première fois », etc.). J’ai pleuré des larmes amères quand on m’a encouragée. C’est quand même tordu, non ?
Et pire que tout, si effectivement j’arrive à être bonne dans quelque chose, que j’arrive à exceller dans quelque chose, je ne suis même pas contente, je me dis que c’est normal. Genre, avoir la mention TB, mouais, j’ai eu le bac quoi. Qu’importe que j’ai révisé tous les jours, tout le temps, y’a pas de quoi en faire un plat.
Croyez moi, c’est un enfer de n’être jamais satisfait, de vouloir toujours faire mieux, courir plus vite, marcher plus loin. Parce qu’au final, je n’y arrive pas, je ne savoure pas le voyage et j’arrive à la ligne d’arrivée avec un gout de défaite.
Pour toute réussite, je vois le petit détail fâcheux : le mail envoyé pas assez tôt, la faute de frappe dans le rapport, le glaçage inégal sur le gâteau…
Je vais vous le dire, j’en ai ras la quiche d’être perfectionniste, ça me pourrit la vie.

Mais bon, j’évolue hein! Je sais bien que dans absolument tous les domaines il y a quelqu’un de meilleur que moi. Sauf dans un, tiens.
Personne n’est meilleur que moi à être moi. Voilà c’est dit, y’a pas de meilleur moi que moi.
Quand je dis ça, je ne dis pas que je suis parfaite, ce que je dis c’est que personne n’est mieux placé pour être moi que moi. Et que tous mes défauts, y’a bien qu’une personne qui peut les combattre, et c’est bibi.
Depuis que j’ai compris ça, j’ai fait un deuil. Le deuil de mon moi idéal, le moi qui n’existe pas, n’existera jamais. Le moi avec un corps de mannequin, avec l’humour de Chandler, le coeur de Mère Thérésa et la popularité de Jésus. (oui, j’aime bien mettre la barre un peu haut).
Maintenant que le deuil est fait, je peux me mettre au boulot. Alors comme ça, madame l’endocrinologue me dit que je ne serai jamais mince parce que ça n’est pas dans ma morphologie, eh bien, très bien. Je me contenterais (et y’a contente dedans, c’est pas pour rien) d’être en bonne santé, mentale et physique. Et donc, je ferai du sport, je mangerai mieux, je dormirai bien. Pas pour avoir le meilleur corps de la planète, mais juste le meilleur pour moi.
Alors, comme ça, je ne suis pas la meilleure blogueuse de la planète ? Pas grave. Ça ne va pas m’empêcher de continuer à écrire, parce que j’aime ça et que ça me procure de la joie. Qu’importe si je n’ai qu’une poignée de lecteurs, je les aime et j’écris pour eux autant que pour moi.

Je me recentre tous les jours, que ce soit dans la préparation de mon petit-déjeuner (non, je ne mangerai pas la Rolls du petit déj avec plein de super aliments et du kale en pagaille) ou dans la gestion d’un projet professionnel sur le faire « bien » (même si ça veut dire ne pas faire le meilleur qu’on ai jamais vu). Je fais de mon mieux, j’y mets tout mon cœur et ça suffira très bien.
Et tant pis si je suis pas l’employée du mois, j’aurais fait rire une collègue chafouine et ça aussi, ça compte. Et tant pis si je suis pas la meilleure épouse au monde, ni la meilleure fille ou copine de la galaxie, je fais ce que je peux. Et je ne le fais plus pour prouver quoi que ce soit, juste parce que ça me rend heureuse.

En fait, je crois que j’ai récemment compris que j’étais juste humaine. J’ai mis un peu de temps, mais maintenant ça va, je le vis bien.

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