Have a break, have a baby !



* EDIT : j’ai écrit ce texte lors de la première semaine de Petit Monsieur chez sa nourrice. Depuis, 2 mois se sont écoulés. Parce qu’en fait avec lui dans ma vie, les choses de ma to-do je ne les reporte pas au lendemain, mais au sur-lendemain^1000. #mèrepasorganisée *

C’est un peu par hasard, et en même temps pas tant que cela, si je reprends la plume le clavier, aujourd’hui. Aujourd’hui c’est le premier jour où je suis seule à la maison depuis des mois. Le premier jour où plutôt que d’étendre une machine de vêtements minuscules ou chercher une tétine à quatre-pattes sous le canapé, je me suis fait un café que je vais boire chaud (dingue !) et que j’ai ouvert Word pour écrire autre chose qu’un contrat de garde partagée (avec une autre famille, hein! pas avec Monsieur).

Depuis le dernier billet que j’ai posté, et je ne savais pas à ce moment-là que ce serait le dernier avant un bon bout de temps, ma vie a beaucoup changé. Et par ricochet, mon rapport aux cosmétiques, à la beauté, à ma futilité, à mon corps, à ma peau, au regard des autres, au regard que je me porte ont aussi été bouleversés.

Après une fausse-couche (le jour de mon anniversaire parce que sinon c’est pas drôle), des fausses joies, des essais, des prises de température assidues, des vraies joies, des kilos de tests de grossesse achetés en douce sur ma pause déjeuner et faits à 4h du matin parce que je devais savoir-là-tout-de-suite-MAINTENANT, un faux négatif, un « on dirait vraiment qu’il y a une petite ligne là, si, si je te jure, regarde on la voit là quand on tourne le test à 62° pile sous la lampe », je suis tombée enceinte. Petit aparté, on s’en parle de cette expression ? « Tomber enceinte » comme « tomber amoureuse », ça m’a toujours laissée perplexe. J’imagine toujours une grande gourde qui rate le trottoir, OUPS !, ben tiens, je suis tombée enceinte, mince alors. Fin de l’aparté. C’était mon cadeau de Noëlhoukka 2015 et j’ai consacré mon année 2016 à ressembler à une baleine à bosse.

Les premiers mois, j’avais peur de faire à nouveau une fausse-couche, et une fois cette crainte dissipée, j’étais tout simplement trop épuisée, trop éparpillée, trop pleine de questions et d’émotions violentes pour réussir à me concentrer sur un écran d’ordinateur une fois ma journée de boulot finie. Déjà que ma concentration au bureau était toute relative, alors une fois rentrée…
J’ai mis entre parenthèse ma boulimie de cosmétiques pour ne porter que le minimum syndical de produits et, encore, il fallait qu’ils soient 100% naturels et biologiques pour atterrir dans mon placard. Pendant plusieurs mois *gasp* je ne me suis pas maquillée du tout ! Ça la fout mal quand tu bosses dans une boite de cosmétiques. Je ne sais pas trop si c’était par flemme de devoir me démaquiller le soir, par refus de quitter mon oreiller tant-aimé à l’heure pour avoir le temps de me farder. Ou si j’ai inconsciemment fait de mon corps un « temple » consacré à mon petit locataire, et qu’il ne me semblait ni nécessaire ni agréable de l’apprêter. Comme si je ne voulais pas divertir avec mes cils rimmelisés l’attention des gens de l’attraction principale sous mon nombril.
Du coup, *double gasp*, j’ai perdu mon statut Gold chez Sephora et j’ai simplifié ma routine : savon doux, crème hydratante et protection solaire. Basta. Plus simple (chiant ?) tu m’appelles.

Je te rassure direct, quand je suis partie à la maternité, j’avais emporté plus de cosmétiques que de vêtements. Autant l’idée d’enfiler autre chose qu’un legging de grossesse (que je porte toujours pour dormir 6 mois après, ouais, ouais) et un tee-shirt d’allaitement me paraissait absurde. Autant, il me semblait VI-TAL d’avoir un savon parfumé, deux crèmes hydratantes différentes, du sérum, de la crème hydratante pour le matin, et une autre pour la nuit-qui-travaille-quand-tu-dors (genre j’allais dormir, HA-HA !), du shampoing, de l’après-shampoing, du sérum sans rinçage, des patchs hydratants pour le contour des yeux, des masques hydratants pour les pieds (cherche pas, même moi je ne sais pas), etc. etc. Bon, je ne vais pas te cacher que considérant que j’ai pleuré l’équivalent de l’Océan Atlantique sur 72h, je me suis bénie d’avoir pris des patchs hydratants pour le contour des yeux.
Et pour tout le reste, si ce n’était pas vital, c’était au moins salutaire.

Si tu es passée par là, tu sais à quel point la suite de couches est une période de haute glamouritude. Ha ! As if… C’est un moment où tu te sens bien dans ta peau avec ta petite (ahem) culotte en filet, où tu as mal de la racine des cheveux aux orteils, où tu dois attendre l’autorisation pour prendre une douche, où ta peau sent le désinfectant, la sueur, le sébum et un assortiment de fluides corporels. Et fort heureusement, à ce moment-là, tu t’en fiches. Mais complètement !
Certaines vivent un moment d’euphorie, de pur bonheur à partager avec leur bébé tout neuf. D’autres sont un peu dépassées par les événements et oscillent entre joie intense et terreur. Moi, j’étais terrorisée, folle de joie et épuisée. Si je n’étais pas à moitié délirante de fatigue, j’étais en train de pleurer. Pleurer de joie, pleurer de douleur, pleurer de panique (mais qu’est ce qui nous a pris ? pourquoi ? comment on l’arrête ? où est le bouton mute ? pourquoi mon dieu, pourquoi ?), pleurer parce que j’en avais marre de pleurer, et pleurer parce que je ne savais pas quoi faire d’autre, pleurer parce qu’on me disait que j’étais belle, pleurer parce qu’on me disait pas que j’étais belle, pleurer parce qu’il pleurait et que je ne savais pas pourquoi. Bref, tu l’auras compris, j’étais un peu à fleur de peau.

Le plus étrange pour moi a été la sensation de vide. Je m’étais vécue comme un contenant de plus en plus plein, tendu jusqu’à la rupture (coucou les vergetures), et voilà, qu’il y avait de l’écho en moi. Je ne sentais plus mon petit locataire, je ne le voyais plus bouger sous la peau tendue de mon ventre, mon ventre était flasque, mou, lourd, et…vide. Je ne reconnaissais plus mon corps, il m’était devenu étranger. Encore aujourd’hui j’ai du mal à appréhender ce qui s’est passé. Un matin je me suis levée (enfin, j’ai roulé hors du lit si on a envie d’être précis), et j’étais encore moi, mon fils était bien au chaud à l’intérieur, je l’emmenais partout avec moi, il n’avait pas de visage, il n’avait pas de prénom, il était sans être. Et puis, à 18h27, j’étais moi, mais je n’étais plus moi. Il était né, il avait un visage, des petites mains avec de longs doigts, il avait un prénom, il avait ma bouche, il avait les yeux de Monsieur. Et je ne comprenais pas par quelle bizarrerie la présence que je sentais en moi était devenue une personne que je pouvais prendre dans mes bras mais que je ne pouvais plus sentir dedans. Il était là, mais il était aussi terriblement absent. Je le connaissais mais il m’était aussi complétement inconnu. Une partie de moi cherchait confusément à le reconnaitre, à le rattacher à la présence que j’avais portée pendant tous ces mois mais je n’ai pas réussi à faire de ces deux présences une seule et même personne. J’avais un fils mais j’avais aussi perdu quelque chose. J’avais perdu la familiarité avec mon corps, je me retrouvais à bugger à chaque fois que je croisais ma silhouette déformée dans le miroir. Et, j’en ai passé du temps à me regarder dans le miroir sous la lumière blanche et assassine des néons de ma chambre d’hôpital. Mais qui donc était cette triste personne qui me fixait de ses yeux gonflés ?

Et là, tu te demandes pourquoi je te raconte ça. Moi aussi, je me le demande. Mais ça me fait du bien de l’écrire.
Et puis, j’ai quand même une idée derrière la tête. Je veux te raconter comment pendant cette période j’ai refait connaissance avec mon corps et mon visage. C’est grâce à ma trousse de toilette que je me suis apprivoisée à nouveau.

Les premières heures, j’avais juste envie d’être propre, de rincer l’odeur de la salle d’accouchement. De laisser l’eau chaude dénouer les tensions de mes épaules, calmer les douleurs et me rendre un peu de la dignité que j’ai perdue pendant les examens médicaux qui se font parfois sans un mot, les sutures, les blouses qui grattent et qui sentent le propre javelisé, les cheveux collés… Et, quand je me suis savonnée avec ce savon que j’avais acheté exprès, qui sentait la lavande parce que la lavande c’est censé être apaisant, j’ai pleuré (ben tiens, en voilà un scoop). J’ai pleuré parce que je me rappelais très bien du moment où j’ai acheté ce gel-douche, qui a attendu des semaines dans ma trousse, et j’ai pleuré parce que j’avais mérité de l’utiliser maintenant.

Ensuite, j’ai utilisé les crèmes que j’avais achetées spécialement parce que j’aimais leurs odeurs et que j’aimais l’idée que mon Petit Monsieur apprenne à connaitre l’odeur de ma peau mélangée à celles de fleurs et d’herbes coupées. Je me suis massée, debout dans la chambre, tout près de son berceau, en le regardant dormir, indifférente à l’idée qu’on puisse voir mes fesses depuis la nursery si quelqu’un rentrait à ce moment-là (car il y a TOUJOURS quelqu’un qui rentre dans ta chambre, tout le temps). Et à force de me masser, mes mains ont refait connaissance avec les contours de mon corps. A la maternité, on nous explique qu’un bébé quand il nait ne sait pas où commence son corps et où il se termine, il a besoin qu’on le tienne, qu’on l’entoure, qu’on le limite, qu’on l’emmaillote pour le rassurer. C’était pareil pour moi, j’avais besoin de me toucher, de définir les limites pour me rassurer.

Pendant cette période, j’avais besoin que l’on me câline, que l’on me serre fort, que l’on me caresse. Alors, je me suis câlinée, je me suis caressée, et je me suis dit que ce n’était pas futile, pas superficiel, pas accessoire. Que quand j’avais besoin d’amour, j’avais aussi besoin d’une trousse de toilette pleine de douceur.

Et ce matin, je me suis dit que j’avais envie de le raconter. Alors, je l’ai fait.

Sharing is caring :

Leave a Comment