Qui es tu? Que fais tu?



Longtemps, je me suis couchée de bonne heure…

Non, sans blaguer, et en arrêtant de citer Proust, longtemps (aujourd’hui encore) je me suis couchée de bonne heure et j’ai tourné dans mon lit en me disant, « tiens, quand même, j’écrirais bien un blog… ».

Et je passais un certain temps à imaginer les billets, les thèmes, la police, les fans en délire, la couverture médiatique, ma tête aux 20 heures. Hola, hola, tout doux bijou, faudrait commencer par savoir de quoi tu veux causer sur ton blog, non ?

Facile ! Quand on a un blog c’est pour parler de sa passion. J’ai des copains qui ont des blogs de photos, de vidéos, de BD. Ils sont très doués, leur blog c’est leur porte-folio, la vitrine de leur talent. Ah zut. Je n’ai pas de talent moi. Quoiqu’on fait ?

Ca doit un truc de génération Y, une pulsion d’exhibition couplé à un attrait pour le world wide web, parce que même sans talent j’ai VRAIMENT envie d’avoir un blog.

Du coup, il me reste mes passions. Et des passions, j’en ai des tas. Les sacs à main, les bougies à la lavande, l’odeur des chaussures en cuir neuves, gratter l’aluminium doré autour du pot de Nutella… Ah pardon, on me dit dans l’oreillette que ceci n’est pas une passion, c’est juste un petit plaisir.

Pas de problème, je dois bien en avoir une de passion, si je cherche bien au fond à gauche derrière l’escalier.

Ah, ça y est, ça me revient : ma vraie passion, ce sont les cosmétiques. Je suis un peu comme Obélix, je suis tombée dedans quand j’étais petite.

Allongée sur le divan virtuel, je te le fais comme si c’était hier. La salle de bain de ma tante, ça sent bon le Shalimar et la laque Elnett, j’ai 5 ans, sur le comptoir de marbre deux belles vasques blanches et entre les deux, à portée de mes doigts potelés, le graal. Un bâton de rouge à lèvres Dior, dans son bel étui facetté or et marine. Je tire dessus, ça fait clic et le tube or apparait, je fais pivoter l’étui, le beau et gras raisin rouge monte, monte… et là, ma vie bascule. J’étale, je lèche, je renifle, je joue de l’arabesque, j’en ai jusqu’aux sourcils, je suis en extase (ma tante moins, allez savoir…). Alea jacta est, mon destin est tout tracé, je serai une junky du maquillage, une accro aux crèmes de jour, de nuit, une dingo de l’exfoliant, une droguée de l’huile démaquillante, une maestro de la brosse à visage (si, si c’est un vrai truc, une maestro de la brosse à visage (si, si c’est un vrai truc, j’te jure !)

Sauf que, comme pour contrarier cet amour naissant, je suis aussi tombée dans la marmite du livre. Je suis ce que l’on appelle gentiment, mais avec un peu de consternation, un rat de bibliothèque. Je préfère la compagnie des livres à celles de mes congénères. Je manque d’aptitudes sociales (= je n’aime pas trop jouer à chat, je préfère ne pas partager mon gouter, et si tu pouvais arrêter de me toucher avec tes doigts pleins de morve ça m’arrangerais, merci bien) et je vis dans mon monde à moi. CM2, ma maîtresse parle avec ma mère de mon avenir, ce sera la littérature. Faut dire, 2 ans que je mange de la table de multiplications matin, midi et soir, quand je suis dans le bain et sur le trône (technique de guérilla mentale maternelle : accrocher un polycopié des tables sur la porte des toilettes) et je ne sais toujours pas combien font 6 fois 7. Aujourd’hui, du haut de mes 24 ans, si tu veux me faire monter la pression artérielle, tu me cries dessus « Marianne, 8 fois 6 ? ». Sueur froide garantie.

Bravo Mme ma-maîtresse-de-CM2, t’as touché le gros lot, tu passes GO et tu touches 20 000 francs (haha ! on s’en parle des salaires de l’Educ Nat ou pas ?). Tu avais complètement raison, tu m’avais bien cernée. J’ai continué à avoir 7 de moyenne en maths, j’ai pris la voie de garage royale : bac littéraire, hypokhâgne, khâgne, préparation à l’ENS (Ecole Normale Soupe), sous-admissibilité à l’ENS.

Et là, ça dérape : « comment ça tu ne veux pas être prof ? T’es bien, bien sûre ? Non, parce que t’as pas tellement d’autres options là avec tes études. Tu veux faire traductrice ? Tu veux bosser dans l’édition ? Tu veux être journaliste ? Haha, les gars, on en a une marrante, madame veut faire journaliste. Ben réveille toi ma jolie, ce sont des voies toutes bouchées, t’auras même pas de métier ! »

Flute. Morte-couille. Vite, une école, vite un métier. J’ai eu le temps de rattraper mes déficits communicationnels et mes inaptitudes sociales (=maintenant je partage mon gouter) donc c’est très logiquement que je rentre au CELSA où je me jette à corps perdu dans mon magistère de communication et de management interculturel (steuplait). Parce que moi, je vais être sociologue tu vois. Je vais t’analyser la société, je vais te réorganiser le monde du travail, je vais faire bouger les choses nan mais oh.

Et là, ça re-dérape (c’est une habitude, nan ? faudrait lui acheter des semelles en gomme à la p’tite). J’aime bien la socio, j’aime bien la sémio, mais ce que je découvre et ce qui me scotche mon séant sur le siège branlant de l’amphi, c’est le marketing. BOOM : côté obscur de la Force. Je vais devenir une pubarde (ou pas, en fait, mais à ce moment là je le savais pas). Je vais devenir attachée de presse. Ma vie ce sera le Diable s’habille en Prada. Je suinterai le glamour, je pèterai des paillettes parfumées Chanel N°5, j’aurai un Birkin juste pour ranger mon goûter, on m’appellera Chériiiiie et j’irai à Cannes claquer la bise aux stars en jet privé.

Pardon ! Mais non, parce que, vois-tu mon enfant tu n’as pas le droit d’être à la fois une littéraire qui pleure quand elle termine un livre comme si elle avait perdu un ami et une pourrie de capitaliste. Tu vois ça marche pas bien ton truc. Tu dois choisir, soit tu es une intellectuelle (l’Elite de la Frââânce, dixit le directeur de la classe préparatoire) soit tu es une marketeuse et tu as le droit de te rouler la couenne dans le matérialisme en criant « aaaah tous mes vernis à ongles, ils sont beaux, ils brillent et ils font l’ongle joli ». Mais faut choisir, c’est l’esprit ou c’est la chose.

C’est le prix Goncourt ou c’est l’armoire de cosmétiques qui ferait pleurer une vendeuse Sephora.

Et toi, là-bas, tu crois que je ne te vois pas ? Tu crois peut-être que je ne sais pas ce que tu penses ? Ben oui, j’avais tort. Ben oui c’était la jeunesse qui parlait. Ben oui c’était ou tout blanc ou tout noir. Sauf que maintenant, dans toute la sapience de ma vieillesse (hinhin), je sais bien qu’on a le droit d’être un peu une pintade consumériste et aussi d’être un peu pas trop bête.

Et voilà, c’est comme ça qu’il est né mon blog. Il est né de mon envie de vous faire partager tous mes émois de pintade (keuwa ? Yves Saint Laurent lance une nouvelle palette de fards à paupière, il me la faut ! J’en mourrai sinon !) tout en essayant de les réconcilier avec mon amour des mots, des jeux de mots (le plus pire, le plus mieux).

Et si t’as envie de rester et de lire la suite, et peut-être même d’apprendre un truc ou deux sur les cosmétiques (j’touche ma bille dans le domaine on va dire), tu es le bienvenu l’ami !

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